Avec la maîtrise du dispositif par les producteurs, un prix
stable et élevé de la production, une transformation dynamique, le modèle
laitier canadien apparaît comme un système fascinant.
Le système de gestion de
l'offre laitière au Canada a été mis en place dans les années 60 dans un
contexte de chaos, de récession et de désorganisation de l'industrie laitière.
Le gouvernement a alors donné les moyens juridiques aux producteurs de lait de
regrouper l'offre de lait et de négocier les conditions de vente avec les
entreprises laitières. Le régime est fondé sur trois éléments clés :
-
L'établissement des prix
payés au producteur lié au coût de production,
-
L'établissement des
niveaux de production en fonction des débouchés intérieurs canadiens
-
Le contrôle des
importations avec des droits de douanes élevés.
Après avoir étudié ce
modèle dans le détail, la FNPL a conclu que le système canadien n'était pas
aussi idyllique qu'il y paraissait. Au Canada "le revenu agricole familial est
équivalent à celui des fermes françaises, les coûts de production sont élevés,
le prix du quota lait est exorbitant contre la gratuité en France, la
restructuration des élevages n'est pas limitée (-4,5% d'exploitation par
an)".
Non applicable en France
Pour la FNPL, le modèle
canadien n'est ni applicable en France, ni en Europe : "La transposition en
France impliquerait un repli sur le marché intérieur français donc un tiers de
production en moins, et autant de producteurs en moins. Cela impliquerait
également la fermeture des frontières pour limiter les importations. Il n'est
pas utile d'illustrer plus, pour comprendre qu'un tel schéma se heurterait à la
règlementation européenne.
...ni en Europe
Concernant l'Europe, "l'UE
à 27 exporte environ 8-10 % de sa production sur pays tiers (hors UE). Un modèle
de gestion de l'offre à la canadienne conduirait donc à une baisse de la
production de 12%. Ce taux moyen cache de fortes disparités : aux Pays Bas, 66 %
de la production est exportée et 75% au Danemark à comparer à 30 % en France.
Ces chiffres mettent en évidence des stratégies clairement exportatrices de nos
collègues danois et néerlandais qui ne sont absolument pas convaincus de
l'intérêt de la maîtrise de production. Ce point est pourtant un élément
fondamental du dispositif.
L'Union européenne n'est
pas un Etat mais un regroupement d'Etats aux stratégies très différentes.
La mise en place de la
gestion de l'offre au niveau communautaire nécessiterait, en outre, que
l'administration européenne confie les pleins pouvoirs d'encadrement du secteur
à une organisation de producteurs européennes. La direction générale de la
concurrence à la commission européenne n'est clairement pas sur cette ligne
politique. Cette position reflète d'ailleurs celle d'une large majorité de pays
de l'Union européenne".
L'OMC ne va pas du tout
dans le sens de ce modèle laitier. "Les discussions à l'OMC dans le cadre du
cycle de Doha s'inscrivent dans une libéralisation accentuée des marchés. Le
dispositif de droits de douane (taxe à l'importation) se trouve directement dans
le collimateur de l'OMC".
CHIFFRES
CLES
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Production laitière
canadienne : 13 500 fermes laitières , 8,2 millions de tonnes
-
Troupeau moyen : 72
vaches, Production moyenne : 550 tonnes
-
Production laitière
française : 90 000 exploitations, 24,7 millions de tonnes.
-
Troupeau moyen : 45
vaches, Production moyenne : 270 tonnes
-
Production laitière UE
27 : 150 millions de tonnes
"Le modèle canadien est inapplicable en France comme en
Europe"
Gilbert Guignand, président de la FDSEA, explique
l'impossibilité de transposer le modèle laitier canadien chez nous.
Depuis quelques mois, certaines personnes font
l'éloge du modèle laitier canadien et prônent l'application de ce système sur
nos terres. Que pensez-vous de cette perspective ?
Gilbert Guignand : Ce
modèle n'est pas applicable en Europe qui se caractérise par sa grande diversité
du point de vue politique et agricole. La France représente une voix sur 27 et
l'on connaît la sensibilité libérale des politiques comme des producteurs dans
les pays du Nord de l'Europe !
Rappelons aussi que
l'Europe a toujours exprimé sa volonté d'être exportatrice en matière agricole ;
or, le modèle canadien induit une réduction des exportations et un repli sur le
marché intérieur.
Au canada, les producteurs
négocient les conditions de vente du lait, or de telles pratiques pourraient
nous plonger dans l'illégalité vis-à-vis de l'Europe ; et je ne voudrais pas que
la FNSEA, JA, FNPL et FNB soient de nouveau accusés et sanctionnés pour
entrave à la libre concurrence par l'UE pour s'être entendus sur des prix avec
l'aval, tout comme en 2001.
Les directives européennes
empêchent l'application d'un tel système.
Et en France, le système laitier canadien est-il
transposable ?
Gilbert Guignand : Ces
derniers mois, nous avons constaté que lorsque le prix du lait français
augmentait, les laits allemands (mois chers) envahissaient les rayons de la
grande distribution. Et c'est tout à fait utopique de penser qu'il est possible
de fermer nos frontières ! N'oublions pas que nos dirigeants politiques français
et européens utilisent l'agriculture pour vendre de la technologie dans les pays
tiers. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'un accord devrait malheureusement
être conclu cette année à l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ; cet accord
devrait induire une ouverture encore plus importante des frontières
européennes.
Ce modèle ne paraît donc pas adaptable chez nous.
Quelles autres solutions proposez-vous pour assurer l'avenir de la production
laitière en France et dans nos zones ?
Gilbert Guignand : La FNPL
avait créé une marque de lait "Le lait d'ici" devenu "Le lait de France" qui
connaît aujourd'hui un certain succès auprès du consommateur français. C'est
donc une solution pour inciter les français à préférer le lait de chez nous.
L'avenir se trouve dans la différentiation de notre lait. Il faut par ailleurs
trouver de nouveaux outils de régulation ; notre Ministre de l'Agriculture parle
de contractualisation et d'organisation des filières auxquelles nous devrons
nous adapter. Vivement que la crise économique soit terminée ! Les français
pourront alors consommer davantage et on réglera une partie du problème des
excédents laitiers.
propos recueillis par
Véronique Gruber
"Pour transposer ce modèle, il faudrait réduire
les volumes produits de 12%"
selon
Jean Julien Deygas président des Jeunes Agriculteurs de
Haute-Loire.
"Le système canadien est
géré par les producteurs ; c'est un système très restrictif au niveau des
volumes puisqu'ils produisent seulement pour le marché intérieur. Ce modèle
paraît plutôt séduisant car il permet aux producteurs d'obtenir un prix du lait
relativement élevé. Toutefois je relève un certain nombre de problèmes ; ce
système implique la fermeture des frontières avec des droits de douanes très
élevés (200 à 300 %). Or, chez nous, je ne vois pas comment il serait possible
de fermer nos frontières, d'autant que la commission européenne s'oriente
davantage vers la libéralisation des marchés qu'autre chose.
Pour transposer ce modèle
en Europe, il faudrait également réduire les volumes produits de 12%. Alors, qui
va être chargé de désigner les producteurs qui pourront continuer à produire et
ceux qui devront changer de métier ? En tout cas, ce ne sera pas moi
!
Si les volumes de
production sont appelés à être réduits, les entreprises qui collectent le lait
auront vite fait leur choix de collecte entre l'Ouest de la France et nos zones
de montagne !
On constate également que
notre revenu (à l'exception de celui de 2009) n'est pas forcément très inférieur
à celui des producteurs canadiens.
Je note également que le
prix du lait très élevé au Canada n'a pas empêché la forte restructuration des
fermes canadiennes (disparition des producteurs de lait au rythme de 4,5% par
an).
Enfin, les quotas payants
n'encouragent absolument pas l'installation des jeunes dans ce pays.
De surcroît,
qu'adviendra-t-il de la gestion de l'offre laitière au Canada lorsqu'un accord à
l'OMC dans le cadre du cycle de Doha sera conclu ?".
propos recueillis par
Véronique Gruber
"Un peu de vérité"
par Yannick Fialip, président de la Section laitière
de la FDSEA.
"La crise laitière actuelle
a fait naître des mouvements syndicaux idéalistes répandant de fausses
informations que nous tenons à rectifier. En effet, certains prétendent que le
prix du lait en Allemagne atteint des sommets ; sur janvier et février,
malheureusement, nos collègues allemands seront réglés entre 260 et 270 e la
tonne. Ensuite, pour améliorer le prix du lait en France, il suffisait de
restreindre notre production. Le taux de réalisation du quota France, sur la
campagne actuelle, sera seulement de 90 %, tandis que pour nos voisins
Allemands, il sera de 100%, ce qui leur a permis d'envoyer des milliers de
litres de lait sur notre marché à bas prix. Autre idée en circulation, l'office
du lait Européen, beau projet en soit si on pense qu'il s'agit de se mettre
autour d'une table avec les autres producteurs Européens pour s'entendre sur la
gestion des volumes... L'année écoulée nous a montré que pendant que certains
maîtrisaient l'offre, d'autres en profitaient pour produire plus. De plus cet
office du lait mettra en compétition un producteur Danois ou Hollandais à 1,5
millions de litres de lait avec un producteur à 200 000 litres de nos régions de
montagne. Si on veut accélérer le déménagement de notre territoire il n'y a pas
mieux à faire. Depuis des années le réseau FNSEA a porté un projet alliant les
hommes, les produits et les territoires. Le projet laitier aujourd'hui tourne
autour de 3 thématiques :
une organisation de
producteurs à l'échelle de bassin laitier sur des territoires comme le Massif
Central pouvant contractualiser collectivement avec des entreprises.
Un système de prix
différenciés garantissant un volume A à une valorisation marché français et un
volume B optionnel à un prix du marché mondial.
Un travail sur la
valorisation et l'identification des produits laitiers de nos régions (montagne
- AOC - Bio).
Vous voyez, face à un monde
qui bouge, de plus en plus compétitif, que nous n'avons pas demandé, nous
choisissons de relever la tête et de mener à bien le projet des agriculteurs de
nos régions sans effet d'annonce et sans démagogie.
Rappelez vous en septembre
dernier il suffisait de jeter du lait pour avoir un prix à 400E/T, où en est-on
aujourd'hui ? Combien de pertes pour ces agriculteurs qui se sont laissés
emmener dans une impasse où on a volontairement joué avec le désarroi de
certains producteurs ?
Avoir les pieds sur terre,
avoir le sens des réalités, appréhender l'avenir avec sérénité sont les valeurs
du monde paysan. Ne perdons pas tout cela pour des rêves imaginaires, sinon nous
perdrons notre identité agricole".