"Un premier pas pour l'après 2013"
Les nouvelles orientations de la PAC se traduisent
dès cette année avec les aides 2010. Gilbert Guignand, pouvez-vous revenir sur
les négociations qui ont conduit à ce que l'on appelle le Bilan de santé de la
PAC ?
Gilbert Guignand : "Dès 2006-2007, nous avons lancé une réflexion au sein
de la grande région Massif-Central. Syndicalisme et Chambres d'Agriculture se
sont réunis pour travailler ensemble et faire des propositions concrètes pour
une refondation de la PAC, avec en ligne de mire la sauvegarde de notre
agriculture de montagne. Après un séminaire de travail de 2 jours au printemps
2007, nous avons écrit le Livre Blanc de l'Agriculture du Massif-Central :
"nourrir c'est produire", que nous avons officiellement présenté lors du Sommet
de l'Élevage en octobre 2007. Ce travail de synthèse a ensuite été présenté aux
politiques et à la FNSEA".
Comment avez-vous réussi à faire passer vos idées,
mieux à les faire "adopter" ?
G.G. : "La grande manifestation du 16 septembre 2008, qui a démontré la
détermination de plus de 20 000 agriculteurs venus à Clermont Ferrand pour
afficher leur volonté de sauver leur agriculture essentiellement tournée vers
l'élevage, a frappé un grand coup auprès des élus et des responsables
professionnels nationaux. Cette manifestation a eu une réelle portée.
Par ailleurs, et il est important de le souligner, nous avons eu la
chance d'avoir un ministre de l'Agriculture, Michel Barnier d'origine
montagnarde, qui a eu le courage politique d'aller jusqu'au bout de ses idées,
qui étaient également les nôtres... Voilà comment et pourquoi, nous y sommes
arrivés".
Quels sont donc les points positifs, voire négatifs
de cette réforme de la PAC, pour notre département ?
G.G. : "Tout nous est favorable... Bien sûr nous aurions pu espérer des
enveloppes plus importantes. Mais ce qui importe c'est que cette réforme a donné
un véritable souffle à l'élevage et aux productions à l'herbe. Et la Haute-Loire
est le département qui en retire le plus gros bénéfice avec le versement de 16 à
19 millions d'euros supplémentaires par an...
En regard avec nos propositions et nos demandes (voir encadré
ci-dessous), nos 3 priorités ont été servies. Une aide à la production d'herbe,
un soutien à la production laitière en zone de montagne et un rééquilibrage vers
la production ovine qui en avait grandement besoin, étaient nos grandes
priorités. Nous avons été entendus et ces productions sont aujourd'hui
aidées.
Une moyenne arithmétique n'apporte rien, mais on peut estimer que chaque
exploitation de Haute-Loire retirera de ce Bilan de Santé de la PAC, et ce dès
cette année 2010, entre 2 000 et 5 000 € d'aides supplémentaires par
an".
Y-a-t-il quelques bémols ?
G.G. : Quelques exploitations, sur les 8 communes du Brivadois qui ne
sont pas en zone de montagne notamment, pourraient si ce n'est y perdre, du
moins n'y rien gagner. Ce sont des exploitations qui ont peu de surfaces en
herbe et beaucoup de céréales. Il faut voir au cas par cas..."
Ce Bilan de santé de la PAC est donc très favorable
pour notre département ?
G.G. : Oui absolument, d'autant que ces aides sont assurés depuis cette
année et jusqu'en 2013 au moins. Mais je vois aussi et surtout dans cette
réforme une orientation pour la PAC d'après 2013. Ce que nous avons obtenu
aujourd'hui est un premier pas. Nous espérons, et nous ferons tout pour cela,
que nous continuerons dans cette même direction.
Au niveau national, dans les rangs de la FNSEA, il a fallu se battre pour
en arriver là. L'affrontement entre céréaliers et éleveurs n'a pas été sans
heurts ; on se souvient du Congrès de Poitiers... Mais aujourd'hui, il faut faire
des propositions intelligentes pour éviter cette guerre entre agriculteurs, et
élaborer ensemble une véritable ligne politique d'orientation".
Le Massif-Central force de propositions à travers son Livre
Blanc
Les organisations agricoles du Massif-Central ont été force de
propositions. Dès le printemps 2007, elles ont réfléchi à l'occasion du Bilan de
santé de la PAC sur une refonte de cette politique.
Cette réflexion commune, a abouti à l'élaboration d'un document, le
"Livre Blanc de l'agriculture du Massif-Central" intitulé : "Nourrir c'est
produire".
Les propositions concrètes écrites dans ce document, présenté
officiellement lors du Sommet de l'Élevage en octobre 2007, se déclinaient
autour de 4 axes :
. davantage de régulation de marché, de préférence communautaire et plus
d'organisations de producteurs pour la mise en marché,
. davantage de flexibilité dans les soutiens et mécanismes de gestion des
risques, y compris des risques économiques,
. des soutiens différenciés passant par l'instauration d'une aide à tous
les hectares d'herbe dans le premier pilier de la PAC, par des aides ciblées sur
les productions fragiles (ovins, lait de montagne...), et par le maintien du lien
entre le soutien et la production (notamment dans les secteurs allaitants bovins
et ovins),
. une politique de recherche et de développement ambitieuse.
Point de vue des présidents d'OPA de Haute-Loire
Une victoire, une chance ...
Nous avons demandé à quelques responsables,
présidents d'OPA du département, de nous donner leur sentiment sur ce Bilan de
santé de la PAC et son impact sur l'agriculture de
Haute-Loire.
Gilbert Bros, Chambre d'Agriculture : "On a gagné sur, à peu près, tout
ce qu'on a demandé pour rééquilibrer les soutiens en faveur de nos zones et des
productions à base d'herbe. C'est grâce à un travail de la profession du
Massif-Central et du département, et de tout ceux qui défendent une agriculture
comme la nôtre. On s'est pas mal bougé, moi à l'APCA, d'autres à la FNSEA, au
Ministère... avec l'élaboration du Livre Blanc ; le Massif est la seule région à
avoir mis noir sur blanc un projet et des propositions concrètes... Tout cela a
pesé sur l'orientation des débats".
Thierry Ravel, GDS : "Cette refonte de la PAC est une réelle chance pour
notre département et pour son élevage. Dans le contexte actuel difficile, où il
faut se serrer les coudes, rester unis et solidaires avec nos OPA, cette
redistribution des aides tout à fait favorable à nos systèmes herbagers, production laitière, bovine et ovine,
est une réelle bouffée d'oxygène, et c'est
de bon augure pour l'avenir".
Gilles Gibaud, Codelia : "Cette nouvelle aproche de l'herbe est une
grande victoire du syndicalisme et de la profession. On va dans le bon sens, et
pour les éleveurs, en cette période de crise, ces aides sont un véritable
souffle en terme de trésorerie. Néanmoins, je dirais que c'est une première
victoire. Il faut continuer de se battre sur le plan européen pour obtenir une
régulation indispensable si l'on veut conserver des systèmes de production comme
les nôtres avec nos handicaps".
Jean Paul Sivard, ADASEA : "Ce rééquilibrage à travers le Bilan de santé
de la PAC va dans le sens de ce que l'ADASEA, et toute la profession, avait
souhaité. On peut se féliciter de ce rééquilibrage qui permet de ramener, sur le
département, 1000 revenus supplémentaires. Le souci maintenant, c'est de
pérenniser ces dispositifs et de faire reconnaître nos zones de montagne. Dans
un marché libéral, si nous n'avons pas de compensation de handicaps, on n'y
arrivera pas... On peut souligner que c'est grâce à l'unité de toutes les OPA qui
ont su tirer dans le même sens, qu'on a pu obtenir ce résultat".
Propos recueillis par
S. Marion