"Nous sommes en train de nous mettre en ordre de marche
pour
préparer l'avenir"
Le congrès 2010 s'est inscrit, pour la FNSEA, dans un contexte de crise.
Une crise générale, sur tous les marchés agricoles, avec une chute importante
des revenus des agriculteurs dans toutes les régions. " Le syndicat en a
été fragilisé, constate Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif
central. En temps de crise, les agriculteurs ont parfois tendance à
s'éloigner de leur organisation, à lui faire porter la responsabilité de ce
qu'ils subissent. " Les deux congrès précédents avaient déjà été difficiles
en raison de la réforme de la Pac (Politique agricole commune) qui avait
provoqué, sur les aides, des tensions entre les régions, entre les productions...
" En temps de crise, la FNSEA réussit à limiter les dégâts "
Pour la FNSEA, il s'agissait de répondre aux inquiétudes de sa base,
déstabilisée par cette dérégulation. Jacques Chazalet explique :
" Notre difficulté est d'être en capacité de se projeter dans l'avenir tout
en ayant un devoir de réalisme auprès de nos adhérents. Sur le terrain, la
plupart d'entre eux finissent par se rendre compte que les solutions faciles ne
sont pas réalisables et que, en temps de crise, la FNSEA réussit à limiter les
dégâts. Organiser le débat, mieux faire fonctionner le réseau, être davantage à
l'écoute mais aussi mieux faire partager les enjeux, les orientations, les
nombreux acquis obtenus, c'était le thème du rapport moral présenté par les
secrétaires généraux et particulièrement par Dominique Barrau, secrétaire
général de la FNSEA. Le fonctionnement du réseau doit être au centre des
préoccupations de chacun et je suis convaincu qu'après les débats très riches
autour de ce rapport, la FNSEA sort renforcée du congrès d'Auxerre. Maintenant,
nous sommes en ordre de marche pour réfléchir à l'avenir. Nous devons faire
valoir une position commune, notamment sur l'évolution de la Pac et sur la loi
de modernisation agricole en préparation. "
Protection et régulation...
La crise que traverse le monde agricole français a, bien entendu nourri
les débats qui se sont succédés durant trois jours à Auxerre. Il s'agissait
d'abord de bien analyser la situation : pourquoi en est-on arrivé là
aujourd'hui ? Répondre à cette question revenait à s'interroger sur ce
qu'il faudra faire pour éviter que cela ne recommence : " Après avoir
analysé les conséquences de la crise que l'on traverse, explique Jacques
Chazalet, nous devons faire des propositions pour peser sur certaines
orientations que l'Europe a abandonnées depuis des années, notamment la
protection et la régulation des marchés, ce qui a provoqué les catastrophes que
l'on a connues en 2009. "
Les mots protection et régulation sont lâchés. Et, ils ont bien été
captés par le commissaire européen à l'agriculture, Dacian Ciolos, dont le ton
du discours marque une inflexion encourageante. Ne dit-il pas que les revenus
des agriculteurs européens doivent être prioritaires par rapport au droit à la
concurrence ! Qu'il faut faire évoluer la Pac avec des outils modernes qui
permettent de sécuriser ces revenus sans générer les effets pervers des outils
précédents ! Que la Pac n'est pas chère ! Etc. C'est
nouveau !
Serge Trouillet