En défendant un vrai projet, le 64e congrès de la FNSEA à Auxerre s'est
employé à resserrer les rangs, sauvegarder l'unité et se recentrer sur ses
fondamentaux.
Un vrai projet avec un syndicalisme en
mouvement
revendicatif et responsable
"Ce congrès 2010 fera date
dans notre syndicalisme ", estime le président Lemétayer. " Nous avons fait un
regard sur nous-mêmes, en examinant comment notre syndicalisme FNSEA pouvait
évoluer, s'adapter à ce monde qui est en permanence en total changement,
utiliser les nouvelles technologies, mieux mobiliser notre réseau pour que l'on
puisse assumer mieux encore un syndicalisme à la fois revendicatif et
responsable ".
Trois jours de congrès
intense, face à un contexte difficile : le bilan de santé de la PAC a divisé le
syndicat, l'effet de la crise économique sur les matières premières a provoqué
la chute des revenus agricoles et, depuis l'été 2009, la crise laitière... Sans
oublier l'émergence de mouvements comme l'Association nationale des producteurs
de lait indépendants (APLI) qui a quelque peu déstabilisé le réseau de la FNSEA
et celui des Jeunes Agriculteurs dans plusieurs régions.
Dans une ambiance très
studieuse, les 750 congressistes réunis à Auxerre ont repensé les bases d'un
nouveau syndicalisme agricole : " un syndicalisme responsable et de conviction
". Plus de 55 délégués syndicaux sont intervenus au cours de la première journée
à huis clos, suivie le lendemain par un large débat sur le rapport moral,
intitulé : " Un syndicalisme responsable pour rassembler et agir ".
" A l'occasion de la crise
du lait, nous avons peut-être manqué d'écoute et de pédagogie auprès des
producteurs ", a reconnu le secrétaire général adjoint de la FNSEA, Jean-Bernard
Bayard. " Si le monde change plus vite que notre organisation, nous courrons un
risque de désyndicalisation ", a souligné Dominique Barrau, secrétaire général.
Un débat franc s'est rapidement instauré. Les responsables syndicaux locaux,
venus des quatre coins de la France, ont exprimé leurs points de vue. " Une
meilleure prise en compte des attentes des adhérents " ; " il faut retrouver la
base, labourer le terrain. Mettez les moyens pour accompagner les fédérations
départementales. Descendez de Paris ", a demandé un responsable de la Loire ; "
on ne fait pas de syndicalisme avec internet ou le portable " Ils attentent que
la FNSEA " rassemble et comprenne les campagnes ". " L'essentiel dans le
syndicalisme, c'est la conviction, il faut une ligne et incarner un nouveau
projet, afin que les adhérents s'y reconnaissent pleinement ", a expliqué un
délégué de l'Aveyron. Egalement soulignée, la question des moyens : " il faut
des moyens humains aussi pour accompagner et soutenir les FDSEA ". La notion de
solidarité a été rappelée dans les débats, jugée comme étant " une ligne de
conduite déterminante ". Le sociologue Jean-Michel Saussois a souligné " la
crise de la représentation " qui affecte globalement le monde syndical : " on
profite de l'action collective sans y participer, ce qui est destructeur pour
l'action syndicale ".
Dominique Barrau et
Jean-Bernard Bayard ont résumé en une formule les objectifs de la FNSEA : "
Parler d'avenir sans mentir et sans céder aux effets de mode et aider le plus
grand nombre à intégrer la complexité du monde dans lequel nous vivons ". Après
le vote du rapport moral à une large majorité, le président de la FNSEA a
rappelé que " où il se trouve le syndicalisme agricole mène le combat pour
servir la profession ".
Une journée fortement
enrichie aussi par le grand témoin : l'industriel Vincent Bolloré. Il a beaucoup
insisté sur " la notion d'indépendance ". Misant depuis trente ans sur des
secteurs considérés comme délaissés ou sans avenir, il a clairement dit aux
congressistes : " c'est dans votre secteur qu'il faut investir. La production
alimentaire va devenir le problème numéro un de l'humanité ".
Selon Jean-Michel Lemétayer,
les agriculteurs doivent être les premiers acteurs de leur destin et ne pas tout
attendre des politiques publiques. " Maître de notre destin signifie mobiliser
la profession, mieux travailler avec les partenaires, entreprises coopératives
ou privées, avoir une confrontation d'idées avec les Pouvoirs publics, mieux se
faire reconnaître par l'opinion publique ". Et de conclure : " on a la place
pour défendre un vrai projet en s'appuyant sur un syndicalisme en mouvement
".
H.
Garnier
PAC après 2013 : pour un premier pilier " fort "
La politique agricole
commune (PAC) qui sera mise en œuvre après 2013 s'est forcément invitée au
congrès de la FNSEA. Plusieurs syndicats agricoles d'Etats membres de l'Union
européenne en ont débattu autour d'une table ronde. Français, Espagnols,
Allemands, Britanniques, Irlandais, Hongrois sont au moins d'accord sur une
chose : la PAC doit rester une politique économique avec un premier pilier,
celui des paiements directs, " fort ". Car dans le cas contraire, selon le
président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE (COPA),
représentant les agriculteurs européens, Padraig Walshe, " il n'y aura plus
assez d'agriculteurs pour produire une alimentation sûre pour les consommateurs
européens, protéger les campagnes européennes et leur environnement ". Les
agriculteurs savent désormais qu'il faut convaincre les consommateurs européens
afin de relégitimer la PAC.
Jean-Michel Lemétayer lance un " véritable SOS " au gouvernement
Dans son discours de clôture
du 64e congrès de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, particulièrement
revendicatif, a lancé un " véritable SOS " au gouvernement sur le plan "
économique, financier, social, et environnemental ". " Monsieur le ministre,
cela suffit. Nous en avons ras le bol ! " a-t-il dit. " J'ai été offensif car
les paysans attendent " dans un contexte dramatique, a commenté Jean-Michel
Lemétayer. " Il faut que les décisions du gouvernement tombent ". Dans un
discours fleuve de plus d'une heure, très offensif, voire menaçant, rien n'aura
été épargné au ministre Bruno Le Maire. À tel point que ce dernier a eu le "
sentiment " d'être " inutile et nuisible pour l'agriculture " tout en se disant
" pas rancunier ", au point de saluer le rôle et l'action de la
FNSEA.
" Si on vous considérait
comme nuisible, vous savez comme on pratique dans nos fermes ", a répondu
Jean-Michel Lemétayer, avec le souci de détendre l'atmosphère à la fin du
congrès. Sur le fond, le leader de la FNSEA, pour sa dernière intervention en
tant que président au congrès de son organisation, a fustigé " les semelles de
plomb avec lesquelles les agriculteurs sont obligés de courir ". Il a prévenu
que " si le développement durable rime avec décroissance et désertification des
campagnes, (...) Grenelle ou pas Grenelle, le débat se fera sans la FNSEA
".